25 ans – «L’Âge d’Or » de NINA

Du 15 juin au 30 juillet 2022

La Galerie de Buci présente le travail de l’artiste NINA, une oeuvre qui embrasse l’harmonie et l’intemporel. Intitulée L’Âge d’Or, l’exposition met à l’honneur une série de sculptures qui nous font voyager vers l’idéal de paix d’une époque fantasmée, dépeinte par Ovide. Cette exposition marque l’anniversaire des 25 ans de la collaboration entre l’artiste et la Galerie de Buci.

© Nina Khemchyan

Sculptrice d’origine arménienne, Nina Khemchyan expose régulièrement à la Galerie de Buci. Elle avait notamment présenté un travail autour de l’intégration de la calligraphie arménienne dans ses sculptures. Aux croisements de la sculpture et du dessin, son art part de la terre pour en révéler la puissance créatrice. L’artiste a besoin de toucher cette terre, origine de toutes choses, et de s’en imprégner. S’établit alors une vraie communication, un dialogue avec la matière qui permet de comprendre et de sublimer celle-ci afin d’en extraire un sens caché, délicatement déterré par l’artiste.

Avant de concevoir une oeuvre, j’ai besoin de toucher la terre, de la sentir humide sous mes doigts, d’en respirer son odeur d’humus.

Nina Khemchyan

Dans L’Âge d’Or, NINA peuple ses sculptures d’une multitude de figures — un écosystème heureux où les Hommes et les animaux cohabitent dans l’éclat solaire et chaleureux de la paix. Dans le livre I des Métamorphoses, Ovide décrit l’âge d’or comme le temps par excellence de la paix sociale, du respect du prochain et de la Terre nourricière :  « L’âge d’or commença. Alors les hommes agissaient suivant la justice et la droiture spontanément, sans lois ni répression. Punition et crainte n’existaient pas ; point de menaces à lire, gravées dans le bronze ; point de foule suppliante, tremblante devant les juges ; nul besoin de défenseurs pour être en sécurité. On n’abattait pas encore les pins, dans leurs montagnes, pour les faire descendre vers l’eau, les faire aborder à des terres étrangères, les mortels ne connaissaient pas d’autres rivages que les leurs. Les villes n’étaient pas encore entourées de fossés abrupts ; il n’y avait ni trompettes droites ni cors en cuivre recourbé, ni casques, ni épées. N’ayant nul besoin d’armées, les populations vivaient dans la tranquillité et les loisirs. La terre, fertile, donnait tout d’elle-même, sans être sollicitée par le fer, travaillée par la bêche, maltraitée par le soc. » Le mythe dépeint une époque sans manque, mais surtout sans la violence de la guerre et des Hommes — un temps dédié à la bienveillance et à l’abondance. C’est cette innocence à la fois fantasmée et désirée que NINA fait exister dans son travail. À la surface des sculptures de l’artiste, les figures s’entremêlent sans s’écraser ;  il n’y a pas de perspective car tout le monde cohabite sur un plan d’égalité, sans hiérarchie et sans conflits. Les motifs végétaux viennent orner cet univers imperturbable comme autant de soleils.

© Nina Khemchyan

Dans une interview que nous avions faite de l’artiste en juin 2021 , NINA nous faisait part de ses réflexions concernant la place de l’Homme dans le monde : « Mon travail actuel devient plus spirituel. Au premier confinement, j’ai conçu deux œuvres avec des questionnements sur l’avenir, l’identité et le rapport aux autres. » Ce monde de paix promis par le mythe de l’âge d’or semble, jour après jour, s’éloigner de nous. En particulier, les enjeux sanitaires des années en cours et les enjeux écologiques des années à venir sont une menace à la Terre nourricière célébrée par Ovide. NINA tente de nous abriter dans ses créations, nous faire toucher à un idéal lointain en nous rappelant le chemin à suivre.

— Alena Roches-Trofimova

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